Le Dauphiné Libéré, 4 janvier 2025

Binyamin Greilsammer, artiste baroque et rebelle

Annecy – Veyrier-du-Lac

Binyamin Greilsammer, artiste baroque et rebelle

Dans le grand répertoire, il y a ceux qui suivent les codes et d’autres qui les renversent. Binyamin Greilsammer, qui vit à Annecy et se produira le 7 février en l’église de Veyrier-du-Lac, s’y est choisi une place à part, en totale liberté et au grand dam de ses professeurs.

Yannick Perrin – 03 janv. 2025 à 14:45 | mis à jour le 03 janv. 2025 à 14:45 – Temps de lecture : 3 min

Une belle fratrie déjà. Ils sont quatre, tous artistes. Le plus grand a une résonance mondiale avec la direction du Geneva Camerata et de l’Orchestre philharmonique de Medellín. Pas si simple de suivre ses pas. À contre-courant alors, pour ne pas lui ressembler. En être fier bien sûr, mais afficher sa propre personnalité, l’assumer.

L’arrière-scène, ce sont les parents. Le “backround” comme Binyamin Greilsammer aime dire affectueusement. Ils sont professeurs d’art et d’histoire. Ils sont de Jérusalem. Et ça commence ici. Cité au cœur de l’histoire, d’un pays ou la guerre et la paix se côtoient depuis toujours.

Comme la plupart des solistes, c’est avec le piano que Binyamin Greilsammer débute. Études romantiques et classiques à l’Académie de Tel Aviv. Première déception. « Cela ne m’a pas plus du tout. Cela m’a ouvert la porte de la détestation des écoles et des instituts. Il y a toujours un truc qui n’allait pas. Je ne voulais pas de compétition dans ma vie. Dans ce milieu, il faut marcher sur quelqu’un pour réussir. Je ne voulais pas rejeter les gens autour de moi. »

Étape suivante : le Conservatoire de Boulogne-Billancourt. Le cursus est bouclé en une seule année. Ça tombe bien, le service militaire est obligatoire et c’est trois ans. Retour au pays. Profondément pacifiste, Binyamin Greilsammer réussi à s’extraire de Tsahal afin de poursuivre ses études en Italie. Composition de musiques de film et direction d’orchestre à Rome. Là aussi, il n’aime pas ses profs. L’élève est rebelle, trop libre.

Un passage par Trieste marque le tournant

Mais c’est un passage par Trieste qui marque le tournant. C’était il y a dix ans, dans un immense appartement bariolé de peintures baroques. Dans le salon, un clavecin. « Elle était un peu sorcière, C’était une femme de tarot. Elle venait de Sardaigne. Elle me met devant cet instrument qui est extraordinaire. Il est beaucoup plus beau qu’un piano. Il est fait de couleurs vivantes. Et le son m’attrape. Je voulais jouer avec des ensembles, ne plus être seul. Avec le clavecin, on sent les gens. »

Ses dernières années d’études se font au Conservatoire royal de Bruxelles pour un Bachelor dans la classe du maestro Frédérick Haas. Puis direction la Haute école de musique de Genève (HEM), sous l’enseignement de Kenneth Weiss. Master en clavecin et un autre en “Maestro al cembalo” pour la direction d’ensemble.

Tellement de musiques ont été écrites pour le clavecin. Bien plus que pour le piano. C’est infini. Binyamin Greilsammer plonge dans son histoire, découvre des choses encore jamais interprétées et se passionne pour cette période épique. « La musique baroque est la base de l’improvisation. Il faut la séparer complètement de la musique classique. Le baroque est une musique populaire et non pas royale. Elle doit être jouée comme un amateur. C’est une musique qui guérit. Quand tu la joues, tu fais réfléchir l’autre. »

Ses clavecins sont passés entre les mains de deux maîtres en la matière

Ses clavecins sont passés entre les mains de deux maîtres en la matière. Le premier est un bel italien. Fait et refait, à la perfection. Gérard Thollon, peintre et restaurateur, l’a transformé en une œuvre d’art, un véritable trompe-l’œil. La mer qui brasse les émotions sous un ciel étoilé fait de rêveries. Entre les deux, une montagne nue, massive, qui représente la cruauté de notre société. De loin et en jeu, tout semble en mouvement. Le second est un modèle flamand qui monopolise l’atelier de l’Annécien Jullian Bauduin, facteur en instruments anciens. Le prochain sera de manufacture française à deux claviers. Il est en préparation. « Le clavecin est un instrument qui parle. Il s’adapte à la personne qui le joue. Le bois parle. Il est authentique, il n’est pas industrialisé. C’est un bois que l’on va faire sécher sous une lune pleine. Ce sont des choses ésotériques qu’on a oubliées avec le piano. »

Binyamin Greilsammer vit aujourd’hui dans les vieux quartiers d’Annecy. Il enseigne à l’École internationale et au Conservatoire de Genève. Il se produira le 7 février à 19 heures en l’église de Veyrier-du-Lac.

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